Ils avaient mon âge

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Il y a différents âges pour baliser notre vie, lentement, sûrement, pour nous mener sans nous rebeller sur le chemin des années.

Les fameux 2 ans 1/2, qui signent notre entrée à l’école et nous destinent à une vie de fesses sur des chaises.

Les 10 ans, qui marquent les fameux deux chiffres qui ne seront obsolètes que pour certains centenaires.

Les 18 ans, la majorité, le permis de conduire,  le droit de vote, le droit de voyager sans l’accord préalable d’un tuteur et celui d’aller en prison pour assumer ses fautes.

Les 20 ans, 1/5ème de siècle, ça devient sérieux.

Les années rondes, prétextes à fêtes en tous genres.

Et puis les très attendus 65 ans qui signent le droit de se reposer sur ses acquis en espérant avoir la santé pour faire ce qu’on a toujours rêvé de faire.

Mais je crois que dans chaque vie, il y a une, deux, trois balises, personnelles, qu’on ne peut nous empêcher de chérir quand on les atteint. Pour moi, ce sont mes 29 ans.

Je me suis toujours demandé ce que ça pouvait bien faire d’avoir 29 ans. De quelle manière on pouvait bien se sentir adulte, ce qu’on pouvait bien avoir construit à cette veille de la trentaine. De ce qu’on avait déjà accompli et ce qu’on était libre ou forcé de devoir encore accomplir.

Mes grands-parents sont venus en Belgique en 1965, à 29 ans. Ils ont quitté l’Espagne avec leur famille et sont arrivés à Liège en ne parlant pas un mot de français.  Ils faisaient escale pour l’Allemagne. Dieu merci, les Zamora ont élu domicile là où les Lanero étaient arrivés deux ans plus tôt, répondant à l’appel de la mine. S’ils avaient continué leur route, je ne serais jamais née.

Je me suis toujours demandé si, à 29 ans, j’en aurais dans les tripes pour faire ce qu’ils ont fait, avoir ce courage, si je le devais.

Heureusement, rien ne m’y contraint. Mais je crois que les Lanero Zamora ont légué une belle faculté d’adaptation et de courage à leurs enfants, alors qui sait où ça me mènera?