Freewrite – la machine à écrire numérique

Cela fait trois mois qu’est arrivé par la poste un colis que j’attendais depuis longtemps. Il venait droit des Etats-Unis, et était emballé dans du papier bulles à faire tourner la tête aux plus bullophiles d’entre nous, et contenait ma Freewrite.

Je l’ai découverte tout à fait par hasard par l’entremise de Florian Vallée, qui participait lui aussi à la formation « Objectif Scénario ! », et qui est arrivé un jour avec cette drôle de machine sous le bras.

La Freewrite

Les onze auteurs que nous sommes se sont penchés sur cet engin avec des yeux pétillants d’excitation. Juste le design de l’objet réveille une foule de souvenirs pour les gosses des années 80-90 que nous sommes. Entre la grosse calculatrice sur laquelle tu écrivais « SOLEIL » et le Lexidata sur lequel tu jouais des heures, il le petit côté Nintendo. Tu la sens la madeleine?

Cet engin est sorti de l’imagination des ingénieurs d’Astrohaus, une petite start up new-yorkaise, et a été lancé grâce à une campagne de crowfunding en 2014. Leur désir était de compiler un outil monotâche et la liberté du WIFI.

 

« Write and never worry »

La Freewrite est une machine à écrire numérique:

  • le clavier est composé de touches qui produisent un son exquis et au rebond étudié pour ménager nos petites phalanges
  • l’écran et l’encre électronique affichent le texte en douceur
  • la batterie tient longtemps (je peux écrire deux heures par jour hors connexion et recharger ma machine une fois par semaine – tous les dix jours
  • le texte est sauvegardé sur la machine, sur le cloud de notre choix (Google Drive, Dropbox ou Evernote), sur notre compte Postbox (l’application qui permet de personnaliser la Freewrite) et envoyé par mail à notre adresse sous format PDF et rtf.
  • et surtout, c’est ce qui m’intéressait le plus: elle oblige à écrire dans le flux

… C’est  à dire que, comme à l’ancienne, pour modifier ce vilain mot trois paragraphes plus haut auquel vous préférez un synonyme, il vous faudra effacer lettre par lettre jusqu’au mot en question.

J’avais un peu peur de ne pas réussir à configurer ma machine, cela me paraissait vraiment compliqué, mais dès l’allumage, l’équipe d’Astrohaus m’a prise par la main pour passer chaque étape. Il m’a fallu mon ordinateur, ma Freewrite, une connexion et quelques notions d’anglais pour convertir le clavier qwerty en azerty, la langue en français, jumeler les différents comptes pour pouvoir recevoir mes textes en une fraction de seconde.

Et même quand j’ai eu la trouille parce que ma Freewrite ne se connectait plus à Postbox et que je n’arrivais pas à récupérer mon texte de 25k sec, le service après-vente d’Astrohaus, hyper réactif et patient (sifflote, sifflote) m’a accompagnée, et j’ai pu récupérer la totalité de mes textes sans en perdre un caractère même si j’ai dû rebooter ma machine.

Le prix (il faut compter 500-600€ pour la machine, la livraison en Belgique et la taxe DHL) est certes exorbitant, mais j’ai quand même voulu m’offrir cet outil, parce que cela faisait des années que je cherchais à combler ma frustration de ne pouvoir combiner écriture en flux et sauvegarde. Je rêvais de trouver un moyen de retrouver sur mon ordinateur les brouillons que j’écrivais à la main. C’était mon auto-cadeau après deux années d’atelier d’écriture et de corrections de manuscrits des autres, pour chouchouter ma propre écriture.

« Tu pourrais le faire sur ton ordinateur. »

Hé bien non. Vous, peut-être, mais pas moi.

  • Parce que je suis une distraite compulsive pathologique. Je zone pendant des heures sur le net à chercher de la documentation (sifflote, sifflote), à scroller Facebook, à discuter avec d’autres auteurs en phase de procrastination groupée et organisée (à 3, on s’y met! 1… 2… 4!). La Freewrite a un écran de mini-pouce et produit un son qui me plonge dans un état méditatif. Elle ne sert qu’à écrire, et plus précisément encore: à écrire toujours en avant.
  • Parce que je suis une perfectionniste auto-saboteuse. Quand je travaille sur mon ordinateur, je passe un temps fou à éditer le texte, à relire ce qu’il y a en amont pour corriger, modifier, et lorsque j’arrive au point où je m’étais arrêtée la veille, il est déjà presque temps d’arrêter. La Freewrite a deux boutons page up et page down qui permettent de relire les quelques paragraphes qui précèdent, mais pas question d’éditer ou de modifier.

Cela fait un peu plus d’un mois et demi que j’ai repris les navettes Liège-Bruxelles tous les jours. La Freewrite est un peu encombrante, c’est une machine plus épaisse, mais pas forcément plus lourde, qu’un laptop. Je la transporte dans un petit sac à dos et les gens me regardent bizarrement quand je la sors de l’étui.

Mais j’ai vu ma productivité augmenter de façon assez impressionnante. Mon manuscrit atteint aujourd’hui 230k signes, et je l’ai commencé le 19 septembre. Elle est stable, je peux écrire assise n’importe où, même en tailleur dans le sas quand le train est surcomplet. Elle est fiable. Elle tient des heures, je n’ai pas à m’encombrer du chargeur, et les messages d’alerte de fin de batterie sont fréquents et arrivent bien avant qu’elle ne tombe en rade. Il suffit de switcher en mode WIFI quand j’arrive au bureau ou chez moi pour que le texte soit sauvegardé.

Je file droit. Tout ce que j’écris n’est pas bon et une fois que cela sera terminé, il y aura un énorme boulot de réécriture et de lissage à faire. Cela n’économise pas cette étape-là. Par contre, la machine à écrire m’apporte un lâcher prise et une sérénité que je ne trouvais que dans l’écriture manuscrite, avec le luxe de synchroniser mon texte directement sur mon ordinateur. Je me balade avec un petit carnet où je note les améliorations qu’il faudra apporter aux scènes que j’ai écrites, à chaud, et je les reporte en commentaires sur le textes sauvegardés.

Donc, ce n’est pas pour tout le monde. Ce n’est pour toutes les étapes de travail.

Je pense que la machine à écrire est idéale:

  • quand on est un champion du perfectionnisme auto-saboteur
  • quand une mouche qui vole vous donne soudain l’envie de regarder un documentaire en six parties sur les diptères
  • pour le premier jet spontané d’un manuscrit ou de la version d’un manuscrit que vous devez reprendre à zéro
  • si vous aimez les objets vintage
  • si vous avez la nostalgie des vieilles machines

Quoi qu’il en soit, quel que soit votre outil, qu’il soit adapté à votre manière de travailler. Si vous ne connaissez pas encore vos points forts et vos points faibles, essayez différentes choses et observez-vous. Et partagez-moi tout ça, je suis curieuse!

Bon travail!