Comment se (re)met-on à écrire?

C’est peut-être la saison, les jours qui raccourcissent, l’appel du combo plaid-chocolat chaud, mais plusieurs personnes qui ne se connaissent pas m’ont posé cette question cette semaine:

Comment se (re)met-on à écrire?

#synchronicité

Vaste, vaste question.

Je vais essayer d’y répondre en donnant quelques pistes, à vous de trouver celle qui vous convient, voire de les mixer ensemble!

D’abord, tout dépend de votre rapport à l’écriture, au moment de vous y (re)mettre.

Il y a celles et ceux qui n’ont plus touché un stylo depuis leurs études et qui n’écrivent que leurs mails professionnels, d’autres qui se baladent toujours avec des carnets de poche ou des applis de prises de notes, qui se sont (re)mis à raconter des histoires au moment où leurs enfants en ont réclamées, etc…  Quel est votre rapport aujourd’hui à l’écriture? Je rencontre beaucoup de personnes qui l’associent au bic rouge de l’enseignante, à l’orthographe, à la grande littérature… ou à un projet qui n’aboutira jamais, que cela demande trop d’efforts, parce qu’il y a beaucoup à apprendre.

On souffle un coup: quand j’ai commencé à courir, il y a trois ans, personne ne m’a demandé quand est-ce que je comptais faire le marathon de New-York. J’ai d’abord essayé d’évaluer mon niveau, puis j’ai adapté mes entraînements pour que les objectifs me poussent à aller toujours un tout petit peu plus loin, mais sans jamais mettre de côté le plaisir. Je suis douillette: si quelque chose me fait trop mal, j’arrête.

Il en va de même pour l’écriture: vous n’avez pas besoin de viser le Prix Goncourt pour vous y mettre. Parce que de toute façon, la meilleure manière de ne jamais être récompensé par le Prix Goncourt, c’est de ne pas écrire. Point. Alors dans un premier temps, je vous conseillerais de cerner le rapport que vous entretenez avec l’écriture aujourd’hui: est-ce que vous avez toujours écrit? Est-ce que vous vous offrez déjà des moments d’écriture réguliers? Est-ce que vous y prenez plaisir? Est-ce qu’un petit Serge vous habite? Est-ce que vous êtes libéré.e, enthousiaste, est-ce que vous êtes prêt.e.s à faire un peu de place dans votre emploi du temps pour (re)commencer à vous exprimer?

Quand vous aurez cerné ces réponses (qui ne devrait pas vous prendre plus d’un quart d’heure, évitons de procrastiner), l’étape suivante (je l’adore): équipez-vous. Comme on s’achète une paire de baskets adaptés pour la course, trouvez le matériel d’écriture que vous adorerez utiliser. Cela peut paraître simpliste, mais un cahier ou un stylo mal choisis, inadaptés à votre pratique, ou une application compliquée qui ne se synchronise pas, peuvent allonger la distance qui vous sépare de votre moment d’écriture.

Observez-vous. Si j’ai bien compris une chose, c’est que chaque auteur.rice a sa propre pratique. Et pour donner le vertige, je dirais même que chaque roman, chaque texte, chaque projet vous insuffle sa propre manière de le travailler. Trouvez les moments et les lieux qui sont le plus propices à votre pratique, testez des nouvelles combinaisons. Vin rouge canapé? Café coffie shop? Pour moi, dans les meilleurs jours, c’est matin-café-bureau. Dans les jours où c’est plus compliqué, c’est après-midi-café-Brasserie Sauvenière (je sais c’est cliché mais ça marche pour moi).  La formule « matériel approprié-moment adéquat-lieu idéal-boisson préférée » est à coup sûr ce qui vous aidera à revenir à votre écriture, parce que vous y prendrez du plaisir. Parfois, pour moi, c’est dans le train ou une salle d’attente. Quand les conditions sont réunies, vous êtes capables d’inventer des univers entiers. Faites confiance à votre instinct et au début, n’hésitez pas à mixer pour découvrir ce qui est le plus porteur pour vous.

N’hésitez pas à commencer « petit ». Quelques mots. Un quart d’heure. Capturer des jaillissements, des étincelles, qui vont grandir, petit à petit commencer à prendre une place dans votre tête, dans votre vie, c’est déjà écrire. « Petit » est ce qui vous fait vibrer, vous relie à cette (nouvelle) pratique et c’est extrêmement précieux. Un carnet qui sort de votre poche dans le trajet du bus, ou sur votre table de nuit avant d’aller dormir, c’est déjà un geste d’écriture. Pas besoin d’avoir en tête un roman pour se (re)mettre à écrire. Comme dit Vincent Tholomé, tout est compost.

Lorsque votre pratique d’écriture sera ancrée dans votre style de vie, quand vous prendrez plaisir à lui faire un peu de place (une heure par semaine? une journée par mois? tous les jours quinze minutes?), alors l’histoire qui se révèle, le projet qui s’implante, le texte qui veut jaillir va vous guider dans son éclosion.

Personnellement, j’ai toujours écrit. De manière instinctive, un peu n’importe quand, avec n’importe quoi. L’écriture a toujours pris une grande place dans ma vie. Mais j’ai vraiment appris à m’organiser et à aller au bout de mes projets quand j’ai combiné trois facteurs qui ont vraiment, vraiment favorisé ma pratique (à nouveau, il faut vous connaître vous-même #Socrate pour trouver ce qui vous convient):

  • Un atelier d’écriture
    Je suis un être extrêmement social. Je ne suis pas une autrice qui travaille en silence et seule dans son coin. Je suis persuadée que les énergies partagées sont un bon fertilisant. Alors en 2008, quand je n’avais que des débuts d’histoires et jamais de fin, je me suis inscrite à un atelier d’écriture, donné par Michaël Lambert. Pousser les portes de cet atelier m’a été extrêmement bénéfique: parce que j’ai rencontré d’autres personnes aussi frappa-dingues que moi, parce que j’ai appris à mettre à nu mes textes aux yeux des autres, parce que cela m’a permis d’apprendre à donner et recevoir un texte avec bienveillance et sans jugement (comme dit Patrick Dechesne, éditeur des Editions de l’instant « Il n’y a pas de mauvais textes, que des textes inaboutis »). Point de vue pratique, c’était aussi un rendez-vous régulier où j’allais pouvoir écrire. C’était déjà un début de discipline. Pour trouver des ateliers d’écriture, surveillez les activités des bibliothèques, ou rendez-vous sur le site du réseau Kalame. Bientôt je proposerai un article sur ce sujet.
  • De la théorie
    Pour moi qui rêvais de finir un roman, qui aimais les page-turners et qui avais une fascination pour les histoires bien racontées, découvrir la dramaturgie a été une vraie épiphanie. J’avais besoin de repères pour canaliser mon imagination. J’ai écrit un article à ce sujet, ici, et je pense que prochainement, j’actualiserai mes références. Une mine d’or à ce sujet est le blog de Lionel Davoust, auteur de SFFF généreux dans son partage d’expérience. Il y a aussi aujourd’hui un nombre dingue de podcasts, d’instagrammeur.euse.s, de passionnés qui partagent leur savoir. Abreuvez-vous! Adaptez!
  • Un groupe
    Bah oui. Je suis un être extrêmement social. À force de naviguer dans cet univers, je me suis rapprochée d’auteurs qui sont aussi frappa-dingues que moi. C’est ma dreamteam. Je sais qui appeler quand j’ai un problème de structure, je sais qui peut me relire au niveau stylistique, je sais que je peux aller boire des coups avec chacun. Ils savent qu’ils peuvent m’appeler pour le coup de main en échange. Les flux d’énergie, le partage de l’enthousiasme et l’écoute, ce sont les ingrédients de mon endurance.

En espérant que ces quelques pistes donnent un début de réponse à cette vaste question, je vous laisse là. À vos stylos!