La boîte à outils

J’avais promis, lorsque j’étais à Vauvert, de livrer ici une petite bibliographie des ouvrages et de ressources que j’ai lus pour en apprendre sur la théorie du scénario et le métier d’écrivain.

J’ai commencé cette collecte de conseils dès mon adolescence, quand j’allais sur le forum de Bragelonne pour échanger sur l’écriture de mon impubliable merveilleux premier roman de fantasy. Je connaissais par cœur leurs recommandations pour les envois de manuscrits.  Avec les années, j’ai cueilli d’autres ressources qui m’ont aidée à comprendre quelques trucs pour écrire deux – trois choses ces cinq dernières années…

Voici donc ce que j’appelle ma boîte à outils. Je vous propose de découvrir mes favoris.

Les auteurs qui parlent de leur pratique

Je l’ai acheté en 2006 et l’ai dévoré – plusieurs fois – à tel point que les pages s’en détachent, alourdies de post-its (je dois vraiment y acheter des actions), surlignées de couleurs fluo d’un autre temps,  profanées par des notes que l’on peut dater selon les stades d’évolution de mon écriture.

Orson Scott Card y dévoile son parcours, comment il invente des histoires, et donne pas à pas, dans ce texte, différentes techniques pour inventer un monde pour ensuite créer l’histoire qui en découle, parce que c’est bien de cela qu’il s’agit dans ce livre.  Les conseils que je n’ai jamais oubliés:

« (…) les erreurs sont souvent le début des meilleures idées. Après tout, on ne prépare pas une erreur. Elle risque peu d’être cliché. Tout ce qu’il y a à faire, c’est de penser à une raison pour laquelle cette erreur n’en est pas une, et vous pouvez vous retrouver avec quelque chose de frais et de merveilleux, quelque chose qui stimule l’histoire que vous n’auriez jamais envisagée auparavant. »

« Les bonnes histoires ne surgissent pas lorsqu’on tente de les écrire au moment même où nous vient la première idée. (…) Tant que vous admettrez que le brouillon que vous rédigez immédiatement après avoir conçu l’idée devra certainement être mis à la corbeille et repris depuis le début, tout ira pour le mieux. »

On ne présente plus Stephen King. Même pour les amoureux de ses romans, ce livre est une pépite. King nous confie une petite biographie spontanée et sans prétention de sa vie tumultueuse qui n’a pas été un long fleuve tranquille. On peut y lire comment il a été inspiré pour chacun de ses romans, ce qu’il a traversé, les démons qui l’ont hanté. S’il ne parle pas directement de techniques d’écriture, il partage un témoignage fort sur le métier d’écrivain, la solitude, la discipline et les difficultés qui en découlent.

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Je vous en parlais et ,  en juin, parce que c’est le livre que j’ai choisi pour m’accompagner à Vauvert. Tout comme Stephen King, mais avec un brin de souci d’efficacité en plus, Elisabeth Georges écrit sur la façon de resserrer des intrigues bien ficelées en se basant sur sa propre pratique.  Ça m’a semblé très US, cette recette pour faire un bon roman, bien qu’elle avoue elle-même qu’il est nécessaire de trouver sa propre méthode au fil de sa carrière. Elle ne proclame pas qu’en suivant ses conseils, on arrivera au même résultat; elle expose simplement ce qu’elle fait. Là encore, à vous de faire votre petit marché.

J’ai retenu:

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Daniel Keyes m’a aussi accompagnée à Vauvert. Dans cette annexe, l’auteur rédige une espèce de « carnet de bord » de l’écriture de son œuvre. C’est donc comme un journal intime d’écriture, rédigé a posteriori, et là encore, je n’ai pas pu m’empêcher d’être touchée et de prendre ce qui pouvait entrer dans ma boîte à outils.

« On est là, en train d’écrire, d’avancer tranquillement, et l’on est saisi par une autre idée que l’on trouve meilleure. Elle est si intense qu’elle demande à être écrite sur-le-champ, mais dès qu’on a commencé, on est assailli par une autre idée, puis par une autre, et avant même de s’en rendre compte, on se retrouve avec une pile de textes inachevés. Comment je le sais? Parce que j’en ai des douzaines. »

Les ouvrages théoriques

Je vous conseille de commencer par La Dramaturgie et de prendre le temps de l’explorer, l’éplucher, faire votre petit marché. Dans cette brique, Yves Lavandier décortique l’art de construire des histoires, depuis la nuit des temps. Il choisit le cinéma pour exemplifier ses propos. C’est au lecteur de prendre le recul nécessaire pour picorer la matière et l’adapter à sa pratique. J’ai acheté Construire un récit pour me repasser la théorie quand j’en ai besoin: beaucoup plus concis et léger, il reprend peu ou prou la matière de La Dramaturgie, mais en plus digeste et transportable.

« Le talent et le génie ont besoin de beaucoup de travail et d’un minimum de rigueur. Pas de la rigidité, de la rigueur. D’où l’intérêt de connaître son intention et de respecter un tant soi peu les règles. »

 

Quand j’ai écrit un tout premier jet du Bal des Poussières en 2009, une lectrice professionnelle d’une grande maison d’édition m’avait fait cette critique:

« (…) si l’histoire ne manque pas d’action et de suspense, on a globalement la sensation d’être trop « loin » des personnages. (…) Il faut en tout cas faire en sorte que le lecteur se sente plus concerné par ce qui arrive aux héros, par ce qu’ils ressentent. »

Heureusement, j’avais le livre d’Orson Scott Car, et je me suis replongée dedans pour prendre une grande leçon technique. Attention, ici, on n’est plus du tout dans le témoignage basé sur une expérience. Plus aride et plus technique, O. Scott Card aborde la question de la narration avec minutie et simplicité. Il détaille la façon de créer des personnages réalistes et complexes qui donnent une profondeur à l’histoire. Forcément, quand vos personnages sont réalistes, quoi qu’ils vivent, qu’ils soient passionnants, énervants, adorables ou insupportables, ils ne laissent pas indifférents le lecteur, et donc, ils deviennent attachants.

  • Story, Robert McKee, Dixit

Beaucoup ne jurent que par ce gros pavé de pages de papier glacé qui expose le b.a.-ba de la construction d’histoires. Personnellement, je n’ai pas accroché et je me contente, depuis 5 ans maintenant, d’ouvrir le livre, picorer quelques mots et le refermer. Mais je sais que c’est un incontournable pour qui s’intéresse à cet art, et je serais bien heureuse de connaître l’avis d’autres personnes à son sujet! N’hésitez pas à m’en faire part ici!

Les ressources en ligne

C’est devenu un réflexe, comme me laver les cheveux ou penser à faire trois séries de 50 abdominaux le matin (l’un des deux exemples cité ci-dessus est un mensonge éhonté): visiter les blogs Ô combien précieux et passionnants de Lionel Davoust et  de Nathalie Lenoir. Ce sont des mines d’or tant en théorie de la construction de récit, qu’en outils et conseils d’organisation, de concentration, d’efficacité. Grâce au partage de leurs expériences, j’ai découvert des outils qui sauvent mon écriture, comme Self Control et Scrivener.

(Quant à moi, j’ai découvert Toggl, et je suis complètement accro)

Voilà ce qui garnit mon étagère « Théorie du scénario ». J’ai picoré des conseils, des idées; j’ai trouvé des témoignages, des paroles qui me faisaient sentir moins folle et moins seule. Personnellement, lire les « témoignages » de professionnels de l’écriture, que ce soit à travers leur autobiographie, un essai qu’ils se seraient pris d’écrire, ou bien la spontanéité d’un blog, c’est pour moi le plus enrichissant. Ces partages permettent de se rendre compte de la réalité de ce travail. C’est se rendre compte que pour arriver au point où ils en sont, ils ont surmonté les difficultés, se sont pris des gifles, ils ont été découragés, à tout moment de leur carrière. C’est peut-être ce que j’ai retiré de plus important comme enseignement à travers tout ces livres:

Si vous ne vous bougez pas pour le faire, personne ne le fera pour vous.  Collez vos fesses à votre fauteuil, vos doigts à votre clavier, et trompez-vous jusqu’à ce que ce soit bon.

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J’ai envie de partager une dernière ressource parce qu’elle a une valeur sentimentale:

Les Conseils aux écrivains en herbe, de Bernard Werber.

Je m’y suis accrochée comme une moule sur un rocher lorsque j’écrivais seule dans ma petite chambre de Wonck sur un ordinateur dont la tour faisait trembler le parquet et l’écran bombé mangeait la moitié de mon bureau. Et tenez, en cherchant dans mes notes pour écrire ce billet, j’ai retrouvé ce bout de papier qui est resté accroché sur le mur en face de mon bureau pendant des années…

2015-09-13 13.12.23